N'djamena : Dossier CNRT : une caisse des retraités désarticulée

La situation des retraités tchadiens n’est nulle part comparable dans aucun pays du monde. Ils sont traités sans égard par l’Etat qui paye régulièrement les fonctionnaires, mais refuse de verser à la Caisse nationale des retraités du Tchad (Cnrt) les cotisations des retraités qui se chiffrent à 17 milliards au Trésor public, faisant subir à cette frange vulnérable de la population, de dures épreuves avec trois trimestres d’arriérés de pension. Mais le peu de ressources générées par la Cnrt sont englouties par d’importants frais de fonctionnement avec un personnel pléthorique et inefficace et un conseil d’administration dont les membres s’accordent des jetons de présence dignes des grandes sociétés. par DIEUDONNE MONOMAL, STEVE DJENONKAR (N'djamena bihebdo), le 9/25/2017 7:19:25 PM

Presse Tchadienne

La caisse de tous les trafics
A la caisse des retraités, tous ceux qui y gravitent ou qui y travaillent, se préoccupent moins des retraités que de leurs propres intérêts.
Le bâtiment de la Cnrt se dresse majestueusement sur la grande avenue du Palais du 15. C’est sans doute le plus beau bâtiment dans les environs. A l’intérieur, les chefs de services trônent dans des bureaux spacieux avec double split et des fauteuils en simili cuir. Dans ce bâtiment somptueux qui est dédié aux retraités, les seuls espaces qui leur sont accordés sont les rangées de bancs, sous le grand hangar dans la cour et devant les guichets à l’intérieur du bâtiment, sur lesquels ils passent une journée entière à attendre leur pension.
Dans ce nouveau cadre où on s’est plus préoccupé du confort des employés, les retraités vivent impuissants toutes sortes de trafics.
Une scène d’un mercredi de paiement de pension des retraités civils. Devant un guichet, un retraité attend fébrilement de percevoir sa pension, après les opérations faites sur ordinateur par le payeur. C’est en ce moment que surgit le Directeur général adjoint qui jette avec violence un carnet de pension militaire devant le guichet 6. Le caissier se redresse instantanément en murmurant, paniqué “mon colonel”. Ce dernier hurle: “je tai dit de payer ce carnet!” Alors que le caissier tente une explication pour ce carnet dont le paiement est prévu lundi, le colonel repart sans lui accorder le moindre regard. Derrière le box du caissier était également planté le chef des syndicalistes de la caisse, de toute sa hauteur, avec des carnets, pressant le pauvre payeur de les endosser. Le retraité qui attendait sa pension dû rappeler au caissier déstabilisé: “payer au moins ma pension, tout est fait!” Le caissier lui répliqua: “je ne sais de qui je dois m’occuper, l’administration ou les retraités”. Finalement, il paya le retraité avant de s’agiter pour contenter ses chefs.
Les retraités qui suivent cette scène serrés les uns aux autres sur les bancs, ne réagissent pas, impuissants et fatalistes, car ils vivent de telles scènes à tous les paiements de pension. Quand les guichets s’ouvrent, les retraités constatent que les caissiers et caissières ont déjà dans leur box un certain nombre de carnets dont ils s’occupent en priorité, avant de s’intéresser aux piles de carnets qui s’entassent devant leur guichet, quand il leur reste de l’argent.
Quand les syndicalistes s’y mettent
Les membres des syndicats qui sont devenus des auxiliaires de la caisse pour le paiement des pensions, excellent particulièrement dans ces trafics en tous genres. Certains passent leurs temps à courir d’un guichet à l’autre, les bras remplis de carnets, pour servir d’intermédiaires à des retraités, qui leur reversent un pourcentage sur leur pension. Les syndicalistes qui sont au guichet pour faciliter le paiement des retraités y vont de leurs astuces pour faire passer les carnets de leurs “clients” ou influencer le caissier pour payer des carnets en priorité.
Les syndicats gèrent en particulier les cas de maladie et de décès. Une grosse malle remplie de carnets de pensions est leur “butin” et ils se livrent autour de ces carnets toutes sortes de combines. Les plus critiques envers les syndicalistes, censés les représenter, sont les retraités qui les accusent de toutes sortes de malversations, et la caisse grouille de rumeurs sur tel syndicaliste ou tel employé de la Cnrt qui s’est construit une villa ou vient de s’acheter une nouvelle voiture ou moto.
Si les syndicats des retraités sont associés aux paiements des pensions, ceux-ci demandent à être plus impliqués dans la gestion de la Cnrt. Le secrétaire général de la Fédération syndicale des retraités civils, militaires, veuves et orphelins du Tchad, M. Iré Kertoumar déclare que leur syndicat est combattu par les responsables de Cnrt qui leur refusent le moindre droit de regard de la gestion de la caisse alors que le ministère des Finances leur demande de s’impliquer dans le contrôle de la gestion de la caisse “normalement la caisse doit être dirigée par un retraité, car celui qui n’est pas retraité et gagne à la fin du mois ne se préoccupe pas de la situation de ceux qui ne gagnent pas“ estime Gong Yon, un retraité militaire. Mais cette revendication récurrente n’a été prise en compte que pendant les deux premiers années de la caisse.
Alors que les syndicalistes se plaignent de ne pas être associés à la gestion de la caisse de retraite, les employés de la Cnrt déplorent de leur côté l’importance que les syndicats ont prise dans le dispositif de paiement des pensions. Un employé souligne même qu’ils se sont imposés à la caisse. C’est ce qui occasionne toute sorte de lourdeurs au paiement de pension, qui se faisait auparavant sans intermédiaire entre le caissier et le retraité. Il indique que si les retraités se plaignent de la longueur de paiements des pensions, ils sont eux-mêmes à l’origine de cette situation. Ils s’étaient plaints des erreurs faites sur le paiement de leurs pensions, ce qui a amené les syndicats des retraités à exiger d’effectuer un contrôle des paiements. A présent, les membres de ces syndicats ne se contentent pas de vérifier les paiements, ils participent pleinement aux opérations, en complément des caissiers.
Surtout pas de bancarisation!
Les responsables des syndicats des retraités et tous les retraités ne ménagent pas leurs critiques vis-à-vis des responsables et du personnel de la Cnrt qu’ils jugent inefficaces et incompétents. M. Iré Kertoumar indique que “ceux qui gèrent actuellement la Cnrt ne maîtrisent rien”. Il souligne que la fédération a déposé un mémorandum auprès du gouvernement pour demander la réforme de la Cnrt, y compris sa véritable autonomie. Il rappelle par ailleurs que le Code de pension date des années de l’indépendance et ne répond plus aux réalités des retraités aujourd’hui. Les retraités, a-t-il dit, n’ont cessé de réclamer la bancarisation, mais les dirigeants de la Cnrt s’y opposent car cela risque de priver de travail leurs “cousins et oncles”. Concernant la bancarisation, le syndicat semble avoir un double langage, car le Directeur général de la Cnrt affirme que c’est le représentant des syndicats au Conseil d’administration qui a rejeté l’idée, car les retraités veulent continuer à “gagner leurs pensions à la Cnrt car c’est un cadre de retrouvailles entre anciens collègues“. Il semble bien que les syndicalistes qui œuvrent comme auxiliaires dans le paiement des pensions, ont également beaucoup à perdre dans une bancarisation massive des retraités.
Le Dg de la Cnrt étaye son opposition à la bancarisation à cause des certains montants de pensions qui sont modestes, notamment les personnes retraitées à partir du Smig et qui ne perçoivent que 20 000 F. Son argument ne tient pas débout, car la majeure partie des retraités gagnent plus de 100 000 F de pension, ce qui peut justifier une bancarisation. La bancarisation ne saurait concerner tous les retraités, elle serait une possibilité offerte aux retraités qui le demandent. Ce qui contribuerait à rendre plus fluide le paiement des retraités qui continueront à être payés à la Caisse. Le Dg de la Cnrt trouve également que la mensualisation exigée par les retraités est une ineptie. On voit bien qu’il ne comprend pas la situation des retraités. Car ils sont unanimes sur cette question: il vaut mieux gagner 100 000 F pour organiser son existence que d’attendre trois mois pour gagner 300 000 F. Et quand ces trimestres deviennent élastiques, cela devient mortel. Il apparait donc que les responsables de la Cnrt qui veulent préserver les emplois et les indemnités de leurs caissiers, de même que les syndicalistes qui tirent profit du système, veulent garder le statut quo.
La ruée des contractuels
Mr. Djaoph, un retraité très remonté contre les dirigeants de la Cnrt déclare que la Cnrt est mal gérée à cause d’un personnel incompétent. Il souligne que toutes ces personnes ne viennent pas du ministère des finances, mais sont parachutés à la Cnrt par les directeurs généraux successifs de la caisse. Il déplore que les pensions soient payées à compte gouttes, indiquant que “le personnel vient à 10 heures et on commence la pension des pensions à 13 heures”. Soulignant que la situation que vivent les retraités a occasionné le décès de beaucoup d’entre eux, il conclut: “aller à la retraite au Tchad, c’est aller à la guillotine”.
Les critiques des retraités vis-à-vis du personnel de la Cnrt, ne sont pas vides de sens dans la mesure où la caisse dispose d’un personnel hypertrophié de 188 employés constitué de 166 contractuels et seulement 22 fonctionnaires détachés, parmi lesquels 6 gendarmes. Un tel déséquilibre avec un nombre envahissant de contractuels, pour une structure qui gère les cotisations de retraite des fonctionnaires ne s’explique pas. Ce n’est pas à défaut de fonctionnaires désireux d’être détachés à la Cnrt qu’il y a autant de contractuels, mais à cause de la politique de recrutement tous azimuts des deux derniers directeurs de la caisse, sans compter les intrusions des membres du Conseil d’administration. Recrutements qui n’ont pas été réalisés en fonction de profils définis et des compétences, mais, selon quelques agents même de la Cnrt, sur des bases familiales et clientélistes. Cette situation est aux antipodes de l’esprit qui a présidé à la création de la caisse.
A sa création en 1993, la caisse n’employait qu’une trentaine de personnes issues pour la plupart des services de pension logés dans les directions du budget et du trésor public. Selon une présentation faite à l’époque en Conseil des ministres, ces agents ont été sélectionnés “pour leur compétence, leur probité et leur efficacité”, et selon les recommandations du Conseil d’administration de 1993 qui a défini les profils dans l’organigramme de la Cnrt. Quelques contractuels ont été recrutés, notamment au service informatique. Passer d’une trentaine d’agents à près de 200 employés, même si le nombre de retraités a été multiplié dans la même proportion, ne se justifie pas. D’autant plus que cela ne se traduit pas par la qualité et la célérité des services mis à la disposition des retraités qui sont dans une plus grande souffrance que par le passé. Selon un agent de la Cnrt, une centaine de personnes est largement suffisante. Il souligne que beaucoup de contractuels émargent sans véritablement travailler. Cette pléthore de contractuels crée une situation inédite pour une structure de retraités de la fonction publique: la Cnrt verse mensuellement près de 15 millions de cotisations de retraite pour les contractuels à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps). Et ce rapprochement a servi de prétexte au membre du Conseil d’administration de la Cnrt pour s’octroyer des jetons de présence à l’identique de la Cnps.
De 200 000 F à ses débuts, ensuite 400.000 F, les membres du Conseil d’administration s’octroient depuis 2015, 1 million de F à chaque réunion. La présidente du conseil, la secrétaire d’état au Budget s’adjuge 1,5 million de F Pour une structure en difficulté et qui ne parvient pas à payer les pensions des retraités, il est scandaleux de vouloir se mettre à la hauteur d’une entreprise parapublique telle que la Cnps, qui est alimentée par les cotisations des entreprises du secteur privé. Comme on le voit, à la Cnrt, on s’occupe de tout, sauf de se préoccuper réellement des retraités qui constituent sa raison d’être.

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